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Salut, bien que cela soit possible de lire toutes les parties indépendamment les unes des autres, ça aura quand même un peu plus de sens si vous suivez l’ordre des textes. Enfin, comme vous voulez quoi… Ah oui, aussi, toutes ressemblances avec les différents personnages etc… c pas possible, c du hasard etc…
Jetèm. Mesh
Lien vers PART. I-----------------------------------------------------------------------------------------------------Chronologie -> Fatales métronomiques conséquences PART II:
tu bois.
"..
- Alors, bien passé le week-end ? demande Sebio (nous ne nous sommes plus vu depuis jeudi dernier).
- Not bad, je répond, plutôt tranquillement… à écouter quelques disques, chez moi, peinard.
Il ricane « - hehehe, tu m’as l’air déjà complètement fade. », il marque un temps d’arrêt puis, en regardant mon verre « - T’en es à ta quantième là ? »
- Sais pas, ment-je, troisième, quatrième…
Il dépose son sac à dos « Puma » sur le dossier de la chaise en face de moi et pendant qu’il se débarrassait des couches de vestes de training oldschool et de gilets « Polar », superposées sous une épaisse veste argentée, genre « Rappeur », je me suis mis à glousser devant ses gestes patauds, apparemment handicapés par la masse de fringues aberrante qu’il avait réussit à empiler. Naturellement, j’étais un peu pété, et de toute évidence, sa chorégraphie de cosmonaute sous Valtran ne faisait rire que moi. J’ai donc calmé mes zygomatiques en m’avalant une dernière gorgée de bière tiède.
- Bon, je vois que je vais devoir te « rattraper » mon ptit père, tu m’as l’air dans un état déjà bien avancé, fit-il, en s'asseyant enfin.
- Tu parles, je viens d’assister à l’aveu d’une infidélité préprogrammée, dis-je en faisant signe de la tête vers la table de Maud « Je me suis sentis obligé de boire à la santé des futurs cornes du gaillard, solidarité masculine oblige».
Il regarde dans la direction de notre nouvelle cible, d’où s’échappent encor quelques rires gras et où Pierre – le père tranquille – se sentant observé, nous lança un regard sombre et affligé.
- C’est quoi ça ? me demande Sebio.
- Théâtreux.
Il se retourne vers moi et agite les sourcils, imitant le guimmic rigolo que Tom Seleck faisait toujours à sa grande époque « Magnum P.I.»:
-Ben on dirait ksa sprend pas pour du caca, humm? - s'ensuit le petit ricanemment typique-
Je vois arriver la serveuse à notre hauteur. Une petite vingtaine, type espagnole, 1m57/60, tronc très fin sur des hanches disproportionnellement larges, brune, plus si affinités.
«-Comment est-ce qu’on vit ? nous lance-t-elle sans même jeter un oeil.
Sebio me regarde, je fais « Trente-trois » comme dans le jeu télé « Des chiffres et des lettres » « Pas mieux » ajoute-t-il.
- Quoi, deux 33 alors?
- Waaaa baby, tu lis dans les pensées en fait? merde, fait Sebio(il était un peu rustre avec les filles, mais au fond c'était un grand timide). Je saute sur l’occasion « A moins que tu n’en remettes deux de plus sur le compte de la maison, ce qui dans ce cas, nous amène à 4 trente-trois et amorce une relation qui me semble déjà foutrement encourageante».
Je conclus d’un clin d’œil de gros bourré et lui affiche ce que je prend pour mon « best smile you’ll never see honey».
C’était notre jeux favoris : nous ne faisons les malins que lorsque nous étions en position de force.
- C’est ça, lança-t-elle. « Jipé, deux trente-trois pour la 5 avec les deux cons» et de tourner les talons vers une table un peu plus loin.
Je remarquai qu’il faisait beaucoup plus sombre dehors, que le « Shame Rock » s’était bien remplis depuis mon arrivée et que le volume de la musique, mis quelques crans plus haut, obligeait les clients à parler plus fort. L’alcool, déjà très présent dans mon organisme, avait commencé à modifier mon ouie et me faisait percevoir le brouhaha des conversations, des verres qui clinquent, des chaises qui reculent, un rire par ci et la sono en bruit de fond, comme un amalgame de bruits sourds où plus aucunes fréquences aigues n’étaient transmises à mon cerveau.
- Putain, toujours aussi sympa les serveuses ici, me dit Sebio d’une mauvaise foi inébranlable.
Il me demande : « Pourquoi t’es pas venu à la soirée au Tapsala samedi ? »
Je fouille dans la poche de mon survêtement – une grosse merde à capuche que ma mère m’avait acheté chez H&M, un mois plus tôt, et qui était déjà toute peluchée – pour en sortir un paquet d’
Ajja17 extra-blond et du papier à cigarette.
- J’ai bossé tard… étais claqué, dis-je en roulant mon tabac, suis rentré vers onze heures et je me suis endormis direct.
- T’as raté mon vieux, c’était…
terrible !
Quand Sebio disait d’une soirée qu’elle avait été terrible, c’est que ça s’était terminé aux petites heures et qu’on l’avait certainement ramené chez lui dans un état d’inconscience telle, qu’il aurait été incapable de reconnaître sa propre mère sur qui il aurait vomit après lui avoir demander de le sucer en la fixant droit dans les yeux. Le genre de soirée où je l’avais déjà retrouvé, en train de s’en prendre à un jack-russel à qui il avait brisé deux pattes pendant qu’il mimait, affalé de tout son long sur la bête, une scène de sodomie digne de « la guerre du feu ».
De mon coté, je mentais.
En fait, ce jour là, j’avais été engagé comme cameraman par une société qui tournait des vidéos d’entreprise. On m’avait contacté en fin d’après-midi et il s’agissait de filmer le déroulement de la dernière soirée d’une foire commerciale où s’était rassemblé toute une série de boites qui vendaient, pour la plupart, des machines à bois industrielles.
Comme, vous pouvez vous en douter, le sujet n’étant pas tip top sexy, mes « collaborateurs » et moi-même avons tôt fait de rejoindre le bar où, entre deux prises de la machine à compacter les copeaux, et l’interview d’un représentant en scies électriques pilotée par des cyborgs, nous nous épanchions sans complexes de bières spéciales et de piquettes râpeuses à la bonne santé du monde merveilleux – bien qu’écologiquement tragique – de l’outillage à bois.
Au fur et à mesure que le temps passait, j’avais de plus en plus de peine à monter mes lumières, quand à mes travellings, bien que j’étais convaincu de leur pertinence, étaient aussi boiteux que le premier film de communion tourné par Chantal Goya avec trois litres de vodka dans les veines.
J’avais repéré une petite coréenne – c’est par ailleurs, la seule femme que j’ai croisé sur cette foire – avec qui je flirtais grassement. Je ne la quittais que pour me ruer vers la seule attraction que j’avais jugé digne d’intérêt : un énorme jambon de parme trônant sur un buffet remplis de « tucs », petits fromages dégueus et autres « apéricubes » mis à la disposition du public.
On dégustait cette merveille après s’en être patiemment et scrupuleusement découpé une tranche – c’était vraiment tout un art – Un de gars avec qui je « travaillais », venait régulièrement me ravitailler en « Duvel » ou en « Leffe Blonde ».
Quelques quatre heures plus tard, je menaçais quiconque s’approchait trop près du précieux jambon, à l’aide de la lame de rasoir de 50 cm qui servait à le découper, que j’agitais devant moi en criant des grands « Ho ! Hééélà ! » des « PAS TOUCHER ! » ou encor des « On dégage mon gros ».
Evidemment, quand j’ai réussit à balafrer sur toute sa longueur le nez du big boss « Raboteuse à commande numeriqueXG54 » - coup du sort ? - deux malabars se sont jetés sur moi et m’ont gentiment traîné jusqu’à la sortie… comme en chemin, je protestais - peut-être un peu grossièrement - l’un deux m’a envoyé un gros coup de boule à la tempe qui m’à fait hurler comme un goret, ce qui eu pour effet de rameuter mes deux « collègues », plutôt bien éméchés eux aussi, mais ragaillardis par la vue de mon corps au sol, la tête entre les mains, en train d’hurler « Bande d’enculé de fachos de mes deux ! Enfoirés de SALOPARDS ». Ils n’hésitèrent pas une seconde à balancer sur mes tortionnaires leur bouteille de « chimey bleue » à moitié pleine. Erwan, le plus chétif, s’était ensuite jeté sur le dos de l’un d'entre eux, et lui arrachait les cheveux d’une main, pendant que de l’autre, il cherchait les orbites dans le but évident de lui crever les yeux. Les gens rassemblés autour de nous, semblaient horrifiés MAIS participaient à l’esclandre en insultant bruyamment les membres de l’une ou l’autre partie.
Dans la cohue générale, j’ai trouvé le moyen d’arracher de son stand, une tronçonneuse à essence qui, si elle ne pouvait fonctionner, avait la particularité de peser pas loin de 35kg.
A coté d’elle, traînait un verre de
moscatelle que j’ai avalé d’une traite.
Alors que mes compères semblaient en très mauvaise posture – Erwan était maintenant plaqué au sol, sur le dos, et son adversaire, les genoux sur son torse, le frappait énergiquement à coups de gsm au visage – j’ai bondit comme une bête sauvage et me suis mis à asséner toutes personnes considérée comme ennemie, de violents coups de tronçonneuse aux orteilles.
Ca tombait autour de moi, en hurlant de douleur.
Des gens qui n’avaient rien avoir dans l’histoire, se sont mis, à leur tour, à se bagarrer. Les uns se portaient de brefs coups de poings, puis s’éloignaient en courant, puis revenaient… d’autres s’étranglaient, se crachaient dessus ; j’ai même vu un vieux gros, mordre la joue d’un gars que nous avions interviewé plus tôt et qui avait eut la mauvaise idée de venir voir ce qui se passait.
En fait, à peu près TOUT LE MONDE était ivre.
Soudain, j’ai sentis qu’on me retenait par le bras : un type me faisait une clef de Jiu-jitsu qui m’immobilisait la moitié du corps et un autre agent de sécurité, sortis de je ne sais où, s’est saisi de mon engin de mort. Tous deux me lançaient des regards furieux.
Un fois dehors, avant de me vider du mélange de
Duvel et de jambon que je m’étais enfilé, j'ai annoncé à qui voulait l'entendre : « Je PREND
la jaune avec MOI».
Puis, de fait, après les événements, on m’a jeté chez moi, de fait c’était aux environs de 23h et de fait, je me suis endormi comme une merde dans mon divan, sans oublier de vomir mes trippes sur la table de salon, oubliant du même coup, la fameuse soirée « Tapsala » où j’étais attendu par mon ami Sebio.
Je n’ai bien sur pas été payé pour mes services, et il y a de fortes chances pour que je n’entende plus jamais parler de la société qui m’avait embauché ce jour là ; sauf, peut être, pour participer au remboursement du matériel vidéo que j’ai judicieusement abandonné dans un coin du showroom et qui fut soit volé, ou détruit, ou qui sert de pièce à conviction dans un poste de polices Liégeois et qui appuiera sans doute la compagnie d’assurance des organisateurs du salon de « L’outillage industriel dans le travail du bois » qui déposera sans doute un plainte pour les dégâts et blessures causés au cours de la dernière soirée de cette putain de foire.
- Non, sincèrement, c’était vraiment
quelque chose ! Il insistait pour que je lui demande de me raconter.
-Au fait, lui dis-je, j’ai écouté l’album de
Joe Strummer que tu m’as filé. J’ai a-do-ré.
-Ouais je sais, ce mec est vraiment génial, n’oublie pas de me le rapporter un de ces quatre, ça fait un bail que je ne l’ai pas écouté. Mais bon, Pat, tu veux pas que je te raconte la soirée ou quoi ?
Me sentant coupable de ne pas lui avoir encor rendu son foutu disque, je lui répond, faisant mine d’être extrêmement intéressé par son histoire.
-Si si, bien sur, vas-y… j’imagine que Marie était là – c’est une ex à moi avec qui j’ai flirtouillé quelques mois, très jolie mais assez jeune et branchée « punk ».Elle ne se rasait jamais sous les aisselles et m’avait quitté pour un rasta de 50kg qui se nourrissait exclusivement de salade verte.
-La ptite Marie ? Ouais, elle était là mon pote, ça, c’est sur, elle s’est envoyé au moins 3 mecs et je crois qu’ils ont finis par la sauter tous ensemble.
- Information réellement indispensable, dis-je – ma voix trahissait une ironie forcée- « heureux que j’en ai seulement été
amoureux pendant un an », j’exagérais mais ça ajoutait un coté dramatique à une tirade sensé le culpabiliser de me rapporter les plans glauques de mes ex-copines.
-Holala, Pat, qu’est ce que tu peux être
cul-cul la praline...me lance-t-il avec une pointe de paternalisme écoeurante. « Avec Marie, c’est du passé non ? A son age – lui-même n’avait pas 26 ans bordel de merde, pour qui i se prend ? – c’est normal de
s’éclater. Tu devrais prendre exemple sur elle, Et puis surtout, tu devrais apprendre à
tourner la page.
J’aspire une grande bouffée de ma cigarette, en regardant par-dessus son épaule.
-Nom de Dieu, Charles Ingals, je hais cette façon que tu as de me parler comme si j’étais un gamin, alors que tu passes tes journées à foutre ton rythme cardiaque au même tempo que les putains de disques de « dub » à la con que l’ectoplasme qui te sert de cerveau et la fumée des 2 grammes de ton herbe débile pousse à faire tourner en SEPTANTE HUIT TOURS.
J’étais faché qu’il n’ait pas compris le message.
Je ne voulais rien savoir de ce que branlait mes anciennes nanas (et encor moins
qui).
Je repensais à Marie, aux théories freudiennes qu’elle m’avait servit comme motif de séparation, à grands renforts de dilemmes affectifs dignes de Shakespeare, de questions métaphysiques sur une compatibilité mise à défaut, de larmes …« Et si…en fait je t’aime… mais non… tu comprends? - Heuu, non, pas bien - on ne peut pas… INCOMPATIBLE …je t’aime MAIS », toujours ces « mais, mais, mais »… comme si une chèvre était à mes trousses. Toutes les lettres, les emails, les textos pathos, sensés répondre à la question récurrente qui me venait à l’esprit dans ces moments pénibles : pourqwhy ? Quel était mon problème, exactement ? Et maintenant ? Qu’est ce que j’avais de moins que son bouffeur de chicoré ?L’argument d’un taux de chlorophylle trop bas suffisait il à justifier la destruction radicale de mon ptit cœur si sensible?Bien sur, ces considérations psychologiquo-romantiques contrastaient radicalement avec l’image sordide, rapportée par mon généreux ami, de la même Marie, deux mois plus tard, étandue dans l'arriere salle d'un squat lugubre ou flotte l’odeur rance du tabacs froid mélangé à celle de bière, d’herbe et de vomit ; la cloison nasale défoncée à coups de speed - le cerveau décapsulé au trois quarts par la mort aux rats -, en train de se faire prendre par trois connards, pénis en avant, rougeaux, moites, suintants et éjaculants à tout va sur son corps, me laissait un arrière goût quelque peu… disons…amer.
Je reprend, plombé par mes pensées, agacé par le niveau de la conversation : « Qu’est ce que tu trouves de normal à l’idée qu’une nana d’à peine 23 ans se fasse baiser par tous les cons qui lui propose un rail de coke ? ».
-Hen yaïe aïe, c’est bon Pat, tu fais chier, on s’en fout de Marie… laisse tomber, dit-il d’une voix lasse, « Et qu’est ce que fout la serveuse ? », il regarde vers le bar « Bon, ben, on est sensé revenir dans combien de jours pour être servi ? » puis il se retourne vers moi.
- Je trouve que t’y va un peu fort.Tu te permets de critiquer tout et tout le monde, alors que t’es raide saoul au moins deux fois par jour !
Je laisse échapper un rire un peu forcé« Mais je travaille moi, monsieur, je cale pas sur un disque qui tourne en boucle 24 sur 24, sept jours sur sept ! ».
- Tu rigoles ? tu bosses une fois par an…
La serveuse arrive enfin avec deux « trente-trois » qu’elle dépose méthodiquement sur la table avant de reprendre mon verre vide, puis de remplacer le cendrier plein par un vide et tout propre. Elle accomplis ces tâches sans jamais nous adresser un regard.
« Deux, seulement ? » dis-je, « Quid de notre relation ? ».
- Avortée, rétorque-t-elle avant de repartir.
Sebio, amusé, en profite pour engloutir sa bière d’une seule traite, puis s’écrie, le bras levé au ciel « Ramona, une deuxième sivouplai, merciiii ».Ca promet.
Je le regarde, un peu interloqué,« Ramona ? tu la connais ?».
-Bhé non hein, biesse… jdis ça comme ca.Un ptit tronc, un gros cul... jme suis dis
que Ramona, ça collait pas trop mal, me fait-il, tout en passant le revers de la main sur sa bouche.
-Bravo. Toujours très subtil.
-C’est ça oui, si tu te voyais, en train de la draguer comme un gros alcoolo… dans le genre
subtil.
-Excuse moi mon ami, lui dis-je, mais entre nous - un silence - combien de bières est-ce que tu t’enfiles par jour ?
- Qu’est ce que tu veux dire ?
-Ben, tu bois au moins un verre par jour d’un truck alcoolisé, ne me dit pas le contraire,
je te vois tous les jours !- Ouais, ben, je sais pas, je dirais au moins deux trois bières…
- Seulement à midi – je rectifie, l’animal étant d’assez mauvaise foi.
- Ouais, pis bon, l’aprème je me prend un ptit apéro, tranquille. Souvent avec toi dailleur.
- J’apprécie le terme « tranquille » alors que tu finis d’avaler un quart de litre de chope, en moins d’un dixième de seconde.
Nouveau silence.
- Ok, bon, disons, je sais pas… l’équivalent de huit verres de bières par jour… en moyenne.
Il marque une pause, puis en riant « - Sans compter les jours d’extras quoi… faut bien rigoler non? ».
- C’est totalement affligeant, si tu ajoutes à ça ta consommation journalière de beu, on peut considérer que tu es dans le cake pratiquement du matin au soir?
- Nooon, mais ça va… je suis pas « saoul » avec deux bière moi fils, me lance-t-il avec son petit air narquois.
- Ca n’a strictement rien à voir ; tu prétends que je suis alcoolo, mais en fait, tu ne l’es pas moins… même si c vrai que je bois jusqu’à tomber saoul plus souvent que toi. Il n’empêche que tu picoles mon vieux, tu bois… statistiquement, t’es un putain d’alcoolique.
- Tu rigoles ? il fait mine de s’inquiéter… « RAAAAAAAAMOOOOOONAAAAAA, deux Chimay Bleue iciiiii…S’il te plait, dépêche toi, on est ma-la-de ».
En réalité, il avait l’air aussi saoul que moi, si pas plus, et ça ne m’aurait pas étonné qu’il ait traîné dans un autre bistrot, BIEN AVANT d’atterrir ici…
L’idée du goût sucré et amer de la Chimay Bleue, à la fois lourde et onctueuse, me mettait d’excellente humeur et laissait présager un début de soirée très prometteur.
Nous avons poursuivis nos diverses discutions à propos de tel ou tel film, jugé surévalué par l’un, carrément mauvais par l’autre, d’un artiste que l’un ne connaissait pas et dont celui qui en avait entendu vaguement parler, exagérait les qualités comme pour affirmer son érudition.
C’était un jeu de surenchères, positives ou négatives, nous n’allions jamais dans le sens contraire à l’autre, mais toujours en réaction « aux autres », à «
l’extérieur ».
Nous parlions aussi sur tel ou tel copain, on le décausait gentiment mais en étant toujours le plus impitoyable possible. Les femmes aussi, avec qui nous avions beaucoup de difficulté à communiquer, restaient un sujet inépuisable, divisé en trois parties : Il s’agissait de d’abord fantasmer sur des physiques à haute teneur d’inspiration sexuelle : seins, culs, hanches, jambes… Les points principaux étaient scrupuleusement disséqués.
Nous enchaînions ensuite sur les hypothétiques capacités intellectuelles . « Trop bonne » avait forcément une connotation « Trop conne », ce qui avait le don de nous rassurer et nous aidait à mieux accepter le taux de probabilité cruellement bas, que nous avions de lui fourrer un jour la langue dans le palais.
S’ensuivaient systématiquement des débats animés au sujet de la qualité de son « caractère ». Si la fille en question était une personne connue - ou une « vieille histoire » -, on ne la ratait sous aucun prétexte : salope, mesquine, stupide, chiante… si l’un d’entre nous projetait de la séduire, l’hypocrisie naturelle voulait qu’on la trouve « Trop cool, vraiment sympa, toujours de bonne humeur, super mignonne et vraiment pas conne ».
C’est moins quand nous étions à courts de sujets que quand nous couvrions le bruit de la salle et que les serveurs commençaient à insister pour que nous parlions moins fort, que l’on commençait par faire nos comptes et décider de la suite du programme.
En général, tant qu’on était pas complètement fauché, on continuait à picoler, chacun avançant la tournée de l’autre.
Si nous n’avions plus de quoi payer, nous procédions à la recherche d’un plan « B ».
Ce soir là, tout se passait sans problèmes et j’avais encor un peu d’argent.
J’étais aux toilettes, je me lavais les mains, mon regard se baladait sur des affiches un peu criardes, avec des lettrages carrés de soirées «
electro ». Je me suis ensuite retourné, pour tomber nez à nez sur mon reflet, dans le miroir. Des cernes noirs couraient sous mes yeux et creusaient mon visage. Je n’étais plus rasé depuis des jours, mes cheveux étaient sales et en pagaille. Un éclairage cru me renvoyait l’image d’un homme fatigué, les yeux rougis, au teint blafard et dont il ne ressortait aucun signe de bonheur. J’ai ensuite rejoint Sebio. Je l’ai écouté raconter ses conneries sans rien dire, pendant encor un petit moment. Puis, alors qu’il commençait à devenir de plus en plus désagréable avec « Ramona », je l’ai abandonné sans qu’il ne s’en aperçoive.
Je venais d’etre fauché par une tristesse qui m'attirait tout au fond, sous la croute terrestre.
Mes jambes pesaient des tonnes.
La sol semblait vouloir
m'avaler.
Au moment de quitter le « Shame Rock », j’ai cru voir un visage familier dans une voiture arrêtée, un peu plus loin, à un feu. Mon père que je ne voyais plus depuis des années.
J’en ai eu un haut le cœur qui m’a paralysé, l’alcool faisait battre mes tempes… j’ai essayé de regarder un peu mieux, en me concentrant, pour être sur.
Quand je me suis décidé à approcher, le feu est subitement passé au vert et la voiture a démarré. Je suis revenu sur mes pas, le souffle coupé. Mon coeur battait à tout rompre, comme après une grosse frayeur.
Avoir pensé que cela puisse être
lui, me procurait un certain malaise.
D’une part je ne voulais pas le voir, nous nous étions violemment disputé, mais j’avais été attiré comme un aimant par la voiture, mut par une curiosité un peu malsaine.
Je suis revenus sur me pas, j’étais déboussolé, il devait être pas loin de 22heures, un vent glacial me fouettait le visage. J’ai zigzagué de ruelles en ruelles, prenant comme raccourcis les quartiers glauques où s’activent les dealers et les puttes, pour rejoindre mon meublé.
Une voiture de police s’est approchée lentement jusqu’à ma hauteur, je percevais le regard des agents me parcourir de la tête aux pied, comme pour me
sonder, tout avait l’air de se passer au ralenti. J’ai trébuché sur une bouteille de Pepsi qui traînait par terre, le bruit strident du verre sur le pavé humide fut augmenté par son écho. Tout à coup, l’intérieur de mon être était soumis à la terreur, j’ai accéléré le pas, sans m’en rendre compte, et j’étais saoul et déprimé et j’avais certainement oublié mes papiers quelques part et ça allait me
tomber dessus, j’en étais persuadé.
«
la maison… vite… »
Quand j’ai poussé la porte de mon appartement, j’ai dus enjamber le tas de courriers qui s’amoncelait devant l’entrée depuis des mois et que je ne ramassais jamais.
Je me suis rappelé nos conversations avec Sebio, cet après-midi.
Je pensais à la petite Marie et ses afters pornos, puis à Olivia dont j’étais toujours amoureux et qui m’avait quitté pour aller vivre en Nouvelle-Zélande avec son ex-mec.
Je pensais à ma vie, à mes
perspectives d’avenir...
Devant moi s’étendait le spectacle désolé d’une montage de boites à Pizza, de cannettes vides, des mégots de cigarettes, de joints à demi entamés, de sandwichs desséchés, de restes de poulet, de vaisselle entassée sur une planche moisie par l’humidité.
Ci et là, des amas noirs et blanc de poils de chats, gros comme un poing venaient ajouter la touche finale dans ce qui fut autrefois la cuisine de l'appartement.
...elles n’avaient rien de réjouissantes.
.."